Melancholia

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules;
Ils vont ,de l’aube au soir,faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d’une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,
Innocents dans un bagne,anges dans un enfer,
Ils travaillent.Tout est d’airain,tout est de fer.
Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur!la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour ,ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin,hélas!
Ils semblent dire à Dieu: «Petits comme nous sommes,
Notre père ,voyez ce que nous font les hommes!»
O servitude infâme imposée à l’enfant!

Victor Hugo

poésie melancholia

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